Non à la saignée
Article extrait du Web de l'Humanité
Les salariés d’UPC-Noos refusent la saignée
Mobilisation . Les syndicats du câblo-opérateur ont appelé hier à la grève contre la restructuration qui menace un millier d’emplois dans ses différents centres français.
Beaucoup de bruit, un lâcher de ballons, des élus socialistes du 12e arrondissement de Paris ceints de leur écharpe tricolore : hier, place des Vins-de-France, dans le quartier très aseptisé de Bercy, quelque 300 salariés d’UPC-Noos se sont rassemblés avec fracas devant l’ancien siège du câblo-opérateur pour manifester contre le plan social qui les frappe. Les syndicats de l’entreprise ont surmonté leurs divergences pour se rallier au mot d’ordre de grève de Force ouvrière, insistant dans un communiqué commun : « Nous demandons expressément et fermement qu’aucune mise en oeuvre du plan de restructuration ne soit anticipée » avant la fin de la consultation du comité d’entreprise.
Écrémage extrême
Rachetés cet été par le fond d’investissement Cinven, qui possède déjà Numericable, les salariés d’UPC-Noos ont pris connaissance le 6 septembre des projets d’écrémage extrême de leurs nouveaux propriétaires : 832 suppressions d’emplois, soit les deux tiers du personnel, une externalisation massive des fonctions techniques et du service clientèle, et un renforcement du service commercial.
Selon le rapport de l’expert désigné par le comité d’entreprise, que les élus examinaient hier, c’est plutôt un millier d’emplois qui seraient menacés. « La logique d’UPC-Noos semble être purement financière, sans projet industriel », regrette Fernand Guilon, secrétaire (CFDT) du CE. « Il n’y a pas de justification économique à la plupart des licenciements : 400 ou 500 postes sont supprimés par pure philosophie de la sous-traitance, sans que ça change quoi que ce soit à leur business plan », regrette Jean-Marc Dubois, délégué syndical CFDT. « En façade, on discute avec les organisations syndicales, et dans la réalité, on transfère des tâches, on ferme des boutiques (comme celle de Vincennes, NDLR) et on modifie les contrats de travail », accuse le délégué.
La CFDT la CFTC n’ont pourtant pas mégoté sur leur confiance en la bonne foi de leur employeur : après le rachat à Suez, en 2004, de Noos par Liberty Global, le propriétaire d’UPC, et alors qu’une fusion et des suppressions d’emplois semblaient inévitables, la CFTC a signé en décembre 2005 un accord de méthode : il devait accompagner le rapprochement entre Noos et UPC France, et la réorganisation qui allait en découler, en clair, encadrer la consultation du CE, son calendrier et les mesures minimales d’accompagnement dans le cadre d’un futur plan de licenciements économiques.
Dindon de la farce
Été 2006, UPC-Noos est cédée à Cinven, la direction obtient de la CFTC et de la CFDT la signature d’un avenant qui réduit de trois mois à 48 jours le calendrier de consultation du CE, en échange d’améliorations des mesures d’accompagnement. Problème, cet accord est signé à l’aveugle : les syndicats ne savent pas combien de postes seront supprimés. « On pensait à 200 licenciements, peut-être 300 », rappelle Jean-Marc Dubois. « Beaucoup de salariés en avaient marre, et voulaient que les choses se passent vite », insiste-t-il.
Début septembre, réveil brutal : 832 suppressions de postes, la fermeture des sites de Bercy et Palaiseau, du centre d’appel de Champs-sur-Marne, plus une soixantaine de propositions de mobilité. « La nouvelle organisation est tellement différente de l’actuelle que les salariés vont quasiment devoir démissionner de leur emploi pour postuler à un autre », constate Jean Bertout, délégué syndical central FO. « Par exemple, dans certains services, des fonctions qui étaient accomplies par des cadres seront désormais confiées à des employés. »
« On a l’impression d’être les dindons de la farce, et de payer la fusion avec Numéricable », explique un salarié de Noos. Déjà propriété de Cinven, Numéricable a été restructurée et amaigrie de 500 emplois, supprimés ou externalisés en 2005. « À peu de choses près, le plan social chez UPC-Noos est un copier-coller de celui que nous avons connu, avec embauche de commerciaux et externalisation des fonctions techniques et du service client », confirme Jean-Michel Guilleman, délégué syndical central FO chez Numéricable. « Résultat, nous vendons une Rolls avec le service après-vente d’une 2 CV. » Pour Laurence Pasquet, déléguée CGT d’UPC-Noos et très en colère, « il fallait mobiliser les salariés quand nous appartenions encore à Suez, où des reclassements dans le groupe étaient possibles. Aujourd’hui, on gère la crise, on gère l’hémorragie. »
Lucy Bateman